Accueil >> La rédaction >> Les plumes d’exception >> Martin Hirsch

Martin Hirsch

Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté et à la Jeunesse, Martin Hirsch est né le 6 décembre 1963 à Suresnes (Hauts-de-Seine). Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, il est diplômé de l’ENA et titulaire d’un DEA de neurobiologie. Conseiller d’Etat, il a notamment été directeur de cabinet du secrétaire d’Etat à la Santé, de 1997 à 1999 et directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), de 1999 à 2005. Entre 2002 et 2007, Martin Hirsch est président d’Emmaüs France. Il fonde en 2006 l’Agence Nouvelle des Solidarités Actives.

« Je suis aussi partisan du principe du « revenu maximum »

Un billet d’humeur pour Macadam…. Billet d’humeur. Vous voulez connaître mon humeur ? Humeur troublée, humeur vague, à l’heure où j’écris ces lignes. Il est minuit, je lis le courrier qui m’est adressé aujourd’hui. Julie B., 28 ans, vit seule avec son fils de 4 ans. Elle a un problème de santé qui ne lui permet plus d’être maître d’hôtel. Elle suit une formation. « Je suis allée à l’ANPE et là on m’a dit de monter un dossier CNASEA sans me dire pour autant que je n’avais pas le droit à l’aide de fin de formation ». Elle continue quand même sa formation, sans être rémunérée, travaille le week end dans une discothèque pour 220 euros par mois, fait une heure de route matin et soir et ne voit pas comment s’en sortir. Demain matin, on passera des coups de téléphone pour voir si on peut dépatouiller sa situation. Il y a 26 milliards d’euros pour la formation. professionnelle…Il devrait bien y avoir une solution pour Madame B.

Madame L. « se permet d’écrire concernant sa fille ». Bac + 4, sans travail, il ne lui reste que 6 euros par mois pour vivre, ne fait qu’un repas par jour. Madame L. l’aide un peu mais elle est en invalidité n’a elle-même que 900 euros par mois. Elle écrit car elle a senti sa fille à bout. « Je n’ai pas envie de perdre ma fille par désespoir. Que peut-on faire ? Dites –moi ». Je l’appellerai pour voir si on peut l’orienter au moins sur un emploi aidé. Mademoiselle J. a vu son RMI supprimé quand elle a repris ses études en master 2. Elle pense qu’elle va se retrouver mendiante et sans domicile… Entre deux courriers, je lis aussi, dans un journal, que 21 milliards d’euros ont été dépensés l’année dernière dans les jeux d’argent. 21 milliards d’euros. Deux fois le budget total du revenu de solidarité active !

Plus tôt dans la journée, j’avais été parler du service civique auprès de 600 jeunes engagés volontaires, qui se battent pour faire reconnaître leur expérience, pour que d’autres puissent connaître la même exaltation. J’avais senti cette envie d’engagement que notre société a tant de mal à satisfaire. J’ai entendu aussi que Barak Obama avait décidé de plafonner les rémunérations des dirigeants d’entreprises qui seront aidées par la puissance publique. Je suis aussi partisan du principe du « revenu maximum », en tout cas en période de crise… J’ai toujours été frappé d’entendre que la concurrence internationale était le motif avancé pour expliquer pourquoi on ne pouvait pas augmenter le salaire des plus modestes (sinon on y perdrait en compétitivité) et que la même concurrence internationale était l’argument pour justifier les plus hautes rémunérations des dirigeants (sinon les meilleurs managers partiraient à l’étranger…).

Il y a quatre ans, je rendais un rapport qui proposait le revenu de solidarité active, nous faisions aussi une proposition qui a beaucoup fait sourire. Nous suggérions que la part variable des rémunérations des grands dirigeants d’entreprise, soit indexée sur le taux de pauvreté. Quand la pauvreté augmente, baisse de la rémunération. Quand la pauvreté baisse, bonus ! Parce que si le sort des responsables économiques les plus influents est déconnecté de l’évolution de la vie des plus modestes, cela produit des effets pervers.

Oui, la création de richesses est nécessaire pour l’amélioration des conditions de vie, mais pas quand la création de richesses devient inefficace pour réduire la pauvreté. La crise actuelle nous rappelle à ces évidences. Récemment, quelqu’un me demandait si « la crise avait des vertus ». J’ai du mal à parer la crise de vertus, quand on sait que la principale traduction de la crise, c’est du chômage. Mais je suis convaincu que la crise force à introduire plus de vertu dans l’économie. Voilà l’état de mon humeur.

Martin Hirsch

Nos partenaires

Des partenaires prestigieux et engagés soutiennent le projet :

  • Courrier International Fondation Nicolas Hulot Reporters d'Espoirs
  • France Info Fondation Crédit Coopératif
  • La course des héros Terraeco Secours populaire Français
  • Secours Catholique Habitat et Humanisme Fondation Macif
  • INSP Fondation Carla Bruni
  • Fondation SEB Fondation Carrefour

Voir tous nos partenaires

Publicité

Découvrez nos archives

© MACADAM 2009. Droits réservés. ContactPlan du site • Réalisation : Moon Websites (agence web paris)