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Franz-Olivier Giesbert est né en 1949. Après avoir collaboré à la page littéraire de Paris-Normandie, il entre au Nouvel Observateur en 1971. Il devient directeur de la rédaction de l’hebdomadaire à partir de 1985. En 1988, il est nommé directeur de la rédaction du Figaro. Depuis 2000, il est directeur du Point. Franz-Olivier Giesbert, journalsite, écrivain, directeur du Point, a publié plusieurs romans dont L’Affreux (Grand Prix du roman de l’Académie française 1992), La Souille (prix Interallié 1995), Le Sieur Dieu, L’Immortel, Le huitième prophète (2008) et des biographies : François Mitterrand ou La Tentation de l’Histoire (prix Aujourd’hui 1977), Jacques Chirac (1987), Le Président (1990) François Mitterrand, une vie (1996), et La tragédie du Président, (2006).
Aussi loin que je me souvienne, dans une autre vie, il y a des siècles, les humains, bien qu’affairés, s’arrêtaient parfois en chemin pour parler ou échanger au moins quelques mots. Sur le temps qu’il fait, les dernières nouvelles locales ou les années qui passent.
Il est possible que j’idéalise, mais c’est ainsi que j’imagine la vie à l’âge de pierre, sur l’agora d’Athènes ou au Moyen-âge. Des gens qui, contrairement à aujourd’hui, ne se croisent pas sans se voir et qui ont même, si l’occasion s’en présente, des échanges philosophiques.
Si nous avons le don de la parole, c’est pour s’en servir. D’autant que nous avons beaucoup de choses à nous dire. Un misanthrope de talent a écrit : « La parole arrive à faner l’espérance » (Marcel Aymé). Rien n’est plus faux. Elle donne, au contraire, du courage, de la joie et même du bonheur. Il y a plusieurs années, alors que je faisais du jogging dans la forêt de Brotonne, en Normandie, je tombai à des lieues de toute habitation sur un autre coureur à pied. J’eus la malencontreuse idée de lui dire bonjour. Il ne me répondit pas. Il eut un regard effrayé, comme s’il allait appeler la police, avant de filer sans demander son reste. J’en ris encore. Jaune, cela va de soi, car ce type de comportement est révélateur de l’autisme débilitant de notre société.
Faut-il incriminer les baladeurs et les nouvelles technologies ? Pas seulement. Nous vivons dans un monde où chacun veut parler, sans avoir nécessairement quelque chose à dire, mais avec l’obsession de ne pas écouter les autres, ce qui est considéré comme une perte de temps quand on n’a pas résolu la question en s’enfonçant bien profond les oreillettes de son i.pod. D’où cette cacophonie et ses bruits de volière que fabrique l’humanité pour rien, puisque personne ne s’entend.
Faisons un rêve. Comme il y a une journée de la gentillesse, de ceci ou de cela, pourquoi ne pas instituer aussi une journée de la parole ? Une fois par an, au lieu de se fuir les uns les autres dans la rue, on ralentirait le pas, on ne regarderait dans les yeux et puis on se parlerait, riches et humiliés, puissants et offensés…
Franz-Olivier Giesbert
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