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David Abiker

David Abiker est chroniqueur à France Info et Marie-Claire, il collabore au site Arrêtsurimages.net

Macadam sera toujours Cowboy

Macadam. Pour moi Macadam sera toujours Cowboy. L’histoire de ces deux types qui se rencontrent à New York et qui « loose » ensemble sur les trottoirs de Manhattan. Pourquoi Macadam Cowboy ? Il y a derrière ça un vrai souvenir d’enfance. Quand j’étais petit, mon père me jouait de l’harmonica. Il faisait la BO de mes jeux de Cowboys. Je mettais un chapeau, un ceinturon et mon pistolet coincé dedans et lui il jouait des airs de western et moi je courais après les Indiens dans le jardin. Un jour mon père a dû se dire que j’étais assez grand pour passer du western au Road Movie. Alors il a commencé à me raconter Easy Rider, une vraie histoire sans destination fixe avec des motos et une traversée des États-Unis vraiment classe. J’avais une moto rouge en plastique à l’époque. J’ai une photo de moi dans un album, en slip kangourou, à califourchon dessus. Et Papa me racontait les hippies déjantés et parfois il faisait la bande originale du film avec son harmonica. Et moi je fonçais dans le vent qui ne soufflait pas. Un jour, mon père a dû se dire que j’étais prêt à entendre une autre histoire de vagabonds héroïques et il a sorti Macadam Cowboy de son chapeau. Il a commencé par la fin. La fin de Macadam Cowboy n’est plus un secret pour personne.

A force d’errer dans le New York des sixties, Rico-Dustin Hoffman et Jo-Jon Voight (le papa d’Angélina Jolie) finissent par se payer un ticket pour la Floride ; ils prennent un bus qui les emmène vers le soleil. C’est dans le bus que mon père commençait à jouer la musique du générique de fin. Et moi je regardais mon père qui ressemblait à tout le cinéma américain réuni. Paul Newman, Steve Mc Queen, Anthony Perkins, Jon Voight et bien sûr Dustin Hoffman… Je regardais mon père qui me jouait le générique de Macadam Cowboy, cette musique où l’harmonica conduit le bus sur un tempo traînant jusqu’à ce que la porte avant ne s’ouvre sur le bitume chaud de Miami. La fin du voyage.

Papa m’expliquait alors que le petit brun s’était endormi et que le grand blond n’arrivait pas à le réveiller. Et il jouait à nouveau de l’harmonica et là, moi, je trouvais la musique tellement triste que je me mettais à chialer comme un veau. Voilà pourquoi pour le môme que je suis resté Macadam sera toujours Cowboy. Une histoire d’amitié qui finit mal et bien en même temps puisqu’elle se termine en Floride. Une histoire entre mon père et moi aussi. Une histoire de petit garçon qui grandit, aussi, et qui commence à piger les histoires des grands. On dit d’ailleurs que Macadam Cowboy, avec son Oscar obtenu en 1970, sonne la fin du Western hollywoodien supplanté par le road movie. On dit ça, que le western avait pris un coup de vieux avec Macadam Cowboy. Moi aussi en fait. Pour en finir avec ce souvenir, je me rappelle qu’une fois en larmes, mon père me prenait dans ses bras pour me consoler. Alors ma mère prenait la mouche : « Pourquoi tu lui as joué ça tu sais bien que ça le fait pleurer ». J’avais 7 ans pas plus. Ça n’a jamais empêché papa de sortir à nouveau son harmonica et de me rejouer la musique du générique de Macadam Cowboy. Faut dire qu’à chaque fois c’est moi qui le lui demandais.

David Abiker

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